Si une fameuse chanson scandait “I can’t get no satisfaction” nombreux sont celles et ceux qui pourraient scander “I can’t get no validation!”. C’est avec cette référence aux Rolling Stones que Marianne Thyssen, la Commissaire Européenne à l’Emploi, affaires sociales, compétences et mobilité des travailleurs, a ouvert son discours lors du premier “European Validation Festival ”.

Des participants de toute l’Europe – à l’exception notable de l’Europe de l’Est – étaient venus présenter leurs projets et réalisations en matière de validation des compétences acquises hors d’un cadre éducatif formel. La France était notamment représentée par des projets comme la “VAE à distance” (Académie de Versailles), “10 000 VAE pour les demandeurs d’emploi ” (Pôle emploi), “Parcours intégré validation-formation” (Université du Mans) ou “Badgeons la Normandie”.

L’objet de ma présence était d’une part de participer avec mes collègues de l’Open Recognition Alliance à “la place de marché de la validation” (40 stands), et d’animer un atelier sur les technologies au service de la reconnaissance : Open Badges et ePortfolios.

Ouvrir l’accès à la validation…

Les nombreuses et riches discussions que j’ai pu avoir avec les participants, les témoignages de personnes “validées” et le discours de Marianne Thyssen m’amènent à formuler l’hypothèse suivante : la validation, c’est à dire la reconnaissance formelle de compétences acquises de façon informelle n’est probablement pas ce qui permettra à tous de faire reconnaître ses acquis. Et ce pour plusieurs raisons : les organismes en mesure de valider les acquis de l’expérience ont une capacité limitée pour accompagner des candidats à la VAE, et ce goulot d’étranglement n’est pas facile à éliminer. Mais imaginons que nous trouvions une solution pour le supprimer, il resterait un problème tout aussi fondamental : quelle serait la valeur d’une VAE dans un métier qui risque de disparaître ou d’être profondément transformé demain ? L’estime de soi, soit, mais pour l’accès à l’emploi, aux nouveaux métiers en train d’émerger ? Même si des affirmations comme “85% des emplois qui existeront en 2030 n’ont pas été inventés” (le Huffington Post) sont probablement exagérées, il faut s’attendre à de nombreux changements dans l’organisation du travail qui rendront obsolètes certaines qualifications (Selon Marianne Thyssen, 30% des métiers actuels n’existaient pas 20 ans auparavant.).

Quelle solution pour donner à tous la possibilité de faire reconnaître ses compétences acquises de façon informelle, mais aussi de s’adapter aux métiers émergents ? Comment faire d’un droit formel à la reconnaissance un droit réel dans un monde en transformation (En 2012  la Commission Européenne a publié une recommandation invitant les États membres à mettre en place des mécanismes de validation des apprentissages informels.) ?

En s’appuyant sur la reconnaissance informelle, i.e. la reconnaissance entre pairs au sein d’une communauté de pratique ! Imaginons qu’une candidate à la VAE soit reconnue comme une personne compétente par ses pairs, mais aussi ses clients, le rôle de l’organisme de validation ne serait plus tant de valider les compétences de la personne prise individuellement que de reconnaître les reconnaissances informelles offertes par sa communauté à la candidate. Cela suppose une relation de confiance entre l’organisme valideur ou certificateur et la communauté de pratique à laquelle la candidate appartient.

…en reconnaissant les reconnaissances informelles

C’est précisément ce qui se passe déjà dans le monde numérique. Un directeur informatique me disait récemment : “lorsque je reçois un candidat, je ne regarde surtout pas ses diplômes mais sa présence sur Github ou Stackoverflow pour voir ses réalisations et comment il est reconnu par ses pairs.” Nous avons tendance à oublier que la reconnaissance est l’affaire d’une communauté, et que si elle est formalisée et délivrée par une institution d’éducation formelle, celle-ci n’en est que la délégataire. Et une telle délégation n’est possible que pour des métiers stabilisés (ou en voie de disparition !) pas ceux en émergence ! Ainsi, lorsque les entreprises étaient à la recherche de data scientists il y a quelques années, alors qu’il n’y avait ni formation, ni qualification, c’était bien la communauté émergente de data scientists, et elle seule, qui était en capacité de dire qui est compétent ou en voie de le devenir.

Si l’objectif de la VAE ne se limite pas à augmenter l’estime de soi, ce qui serait déjà une très bonne chose, mais de se préparer aux mutations de demain, alors il faut imaginer des méthodes agiles fondées sur l’émergence d’écosystèmes ouverts de reconnaissance. C’est précisément ce que permettent les Open Badges, qui seront au cœur de la conférence ePIC 2018 et d’une table ronde de grandes entreprises internationales qui y sera animée le 25 octobre 2018 par Michel Diaz, Directeur associé de Féfaur, sur le lien entre reconnaissance et transfert des savoirs en situation de travail.

Article publié initialement dans ELEARNINGLETTER – ACTUALITE & STRATEGIES DIGITAL LEARNING

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